Une vie normale.
Salut les plumés !
Comment ce jeudi se passe-t-il ? Il est peut-être exceptionnel, exceptionnellement bondissant ou exceptionnellement nul mais il est plus sûrement normal parce que c’est comme ça qu’est la vie en général, non ? Ma vie à moi l’est, normale, la plupart du temps. C’est rare que je fasse des sorties incroyables, que j’accomplisse des exploits, que je fasse des rencontres extraordinaires, que je me lance des défis insurmontables. Disons que tout ça peut m’arriver, parfois, rarement, mais la plupart du temps, ma vie, c’est de la norme. Du moyen, avec ses trucs cool et ses trucs bof, que j’essaye d’arranger pour que ce soit un normal confortable, un normal dont j’essaye de m’accommoder et finalement, c’est peut-être ça le défi. Et ce que j’aime bien, c’est de savoir qu’un jour toute cette normalité d’aujourd’hui ne sera plus parce que la donne aura changé. Parce que même si la normalité semble immuable, en vrai elle ne l’est pas du tout, comme les êtres vivants qui mutent très lentement sur des milliards d’années même si on ne le voit pas à l’oeil nu durant le temps qu’on passe sur Terre mai rappelez-vous qu’un jour votre ancêtre a été couverte de poils, que vous avez marché à 4 pattes et que vous aviez peut-être bien une queue. Ben le quotidien c’est pareil, ça semble immobile mais des micro choses changent presque sans qu’on s’en aperçoive, sans tambour ni trompettes. Les enfants qui rentrent finalement tout seuls de l’école, le café qu’on prend l’habitude de boire avec une copine, la viande qu’on mange de moins en moins, pendre une autre rue pour aller au marché, enfin rencontrer le voisin de l’immeuble d’en face dans la rue, les nouvelles habitudes qu’on prend, les vieilles habitudes qu’on lâche. Et un jour, comme les nuages qui se révèlent si dansants quand on les voit en stop motion, la vie sans prévenir, micro changement par micro changement, a changé du tout au tout et on repense à la vie d’avant avec tendresse et nostalgie. Les ambiances d’hier ne reviendront peut-être plus jamais alors gorgeons-nous en tant qu’on y est encore parce qu’après elles nous manqueront, bizarrement même quand c’est des ambiances nulles (en tout cas moi ça me fait ça mais je n’ai jamais vécu d’ambiances extrêmes). Bref, ce jeudi est peut-être pour vous comme pour moi un jeudi normal, simple, sans fioritures et c’est très bien comme ça. Un jeudi de 2025 qui laisse le temps de penser, de lire, de faire un gâteau, de raccommoder des chaussettes oubliées et retrouvées au fond d’un carton, de discuter et d’admirer ce qui nous entoure. Un jeudi qui permet de s’asseoir, un café chaud dans les mains et de regarder autour de soi en se disant « ainsi donc voilà où j’en suis. Est-ce-que j’aurais imaginé que j’allais devenir propriétaire d’un appartement des années 70, est-ce-que j’avais prévu de vivre un jour à Saint-Étienne ? Incroyable car quand j’étais petite je trouvais que toute la maison était triste sauf ma chambre et sans même trop le chercher j’ai réussi à faire de mon appartement un appartement qui ressemble un peu à ma chambre d’enfant, où la vie va-t-elle me mener ensuite ? Pourvu que le temps soit clément ».
Parmi les choses presque infimes mais qui changent la vie qui me sont arrivées dernièrement, il y a notre achat d’une chaine-hifi. Avant, on avait un lecteur-cd mais il s’est cassé et on n’en a pas racheté. On s’est longtemps contenté de Youtube, ses pubs, le mauvais son de l’ordinateur. Longtemps, ça ne m’a pas manqué du tout parce que je n’écoute pas de musique quand j’ai de jeunes enfants. Je n’écoute pas non plus la radio, je n’écoute rien, je guette en permanence, sans m’en rendre compte. Le seul truc que j’écoute, ce sont des livres-cd pour enfants, et si je les écoute c’est parce qu’en réalité mes enfants les écoutent. J’écoute des podcasts quand je travaille et qu’ils ne sont pas là, j’écoute une chanson quand ils dorment, mais tout un cd, non quand ils sont éveillés, non. Je me suis rendu compte de ça quand soudainement, mon besoin de musique s’est réveillé et est devenu une obsession. Je me suis demandé ce qui s’était passé et j’ai compris que mes enfants avaient grandi et que j’avais arrêté de guetter. Alors on a trouvé une petite chaine-hifi super bien sur le bon coin, et on s’est mis à écouter de la musique tout le temps. On a retrouvé le plaisir de choisir ce qu’on va écouter, et de s’asseoir en feuilletant le livret en laissant ses pensées vagabonder au rythme et dans l’atmosphère de ce qu’on écoute.
Et comme je n’ai de fait, acheté aucun cd ces 5 dernières années, et bien j’ai retrouvé des vieux cd, qui m’ont fait ressentir de vieilles émotions mais vues depuis ma nouvelle vie (bon, pas si nouvelle, la vie, mais nouvelle quand même par rapport aux vieilles fois où j’écoutais ces musiques).
Je suis emportée par I drive my friend, de Frida Hyvönen.
J’avais découvert son cd, Untils Death Comes, à la Fnac du Havre où j’étais avec Jérôme qui était très très fraichement mon Jérôme. On pouvait, sur une borne, écouter les 30 premières secondes de toutes les chansons, à condition d’accepter de mettre sur ses oreilles des écouteurs gras des oreilles des autres mais je ne me posais pas tant de questions, avant. J’avais trouvé toutes ces 30 secondes formidables, j’avais acheté le cd et je l’ai énormément écouté. Et cette fois-ci, en retrouvant cette chanson qui est la première de l’album, en plus de la trouver vivante, j’ai eu envie de savoir ce qu’elle racontait alors j’en ai lu les paroles et leur beauté m’a plu. Elles attendaient que je sois assez vieille pour succomber à leur poésie. En voici des extraits : « Now you do the talking and I’ll keep us on the road / I am transporting a treasure here / I am making sure that he get’s home (…) I drive you down to the station / it’s a lazy summer’s day / I’ve got no extraordinary cards in my hand / no words or actions to make you stay / You like to be up north and I like it down here / and love isn’it just like air / you breathe it and it’s everywhere ».
Je me suis un peu calmée mais la semaine où la chaine-hifi a fait son entrée sur le sol de notre salon, j’ai écouté de la musique en boucle. Et j’ai vu, ou redécouvert la concentration qu’elle permet. J’ai vu le calme de mes enfants, la concentration de Brune dessinant, la paix de Joachim lisant, je l’ai vu aussi danser en rond dans le salon à sa façon, en voyage dans sa tête sur tout l’album Beautiful Freak de Eels.
Ça m’a rappelé qu’au CE1, ma maîtresse, tu sais, celle qui dépoussiérait les feuilles de ses nombreuses plantes vertes partout dans la classe ? Et bien elle mettait les 4 saisons de Vivaldi pendant les cours d’arts-plastiques, et aussi il me semble pendant certains contrôles. Et pareil, je me souviens du calme absolu (c’est aussi la maîtresse qui criait cacafounia (???) quand elle était mécontente et à dire vrai, elle me faisait un peu peur même si je percevais aussi de la gentillesse en elle). J’ai voulu faire pareil quand je suis allée dans le Nord fin septembre/début octobre pour animer des ateliers dans des écoles. J’avais emmené deux cd à écouter avec les enfants en créant et fabriquant mais finalement, je n’ai pas réussi à les sortir, je crois que je ne les voyais pas suffisamment de temps, à chaque fois, pour que nous rentrions dans ce genre de concentration. J’y repenserai les jours où je partagerais du plus long terme avec eux. J’avais emmené Le Phare de Yann Tiersen et Steppe de René Aubry, des musiques de pluie et de cieux noirs.
Je vis un quotidien normal, mais la musique, la littérature, le théâtre de rue, les musées (ah l’atmosphère du musée de la mine !), me font faire le tour de la Terre plusieurs fois par semaine.
Je vous souhaite des voyages intérieurs, des rencontres au coin de la rue ou même sur votre palier, et le plaisir d’apprécier ce que vous avez mis en place dans votre vie jusqu’à maintenant et de savoir le regarder avec tendresse et fierté.
À très vite !
élisabeth



Ce texte racontant une vie "normale" fait un bien fou. Merci