Un cours de patchwork.
Ma chère Valentine, mes petits amis ailés,
j’espère que ça vole comme vous voulez.
Valentine, comme on discutait patchwork l’autre jour au téléphone, j’ai décidé de carrément faire une newsletter à ce propos, si ça se trouve plein de gens adorent le patchwork.
Vous aimez le patchwork ?
De mon côté, j’ai toujours adoré ça, puisque je suis une fervente lectrice de La Petite Maison dans la Prairie (oui, je regardais aussi la série télé mais je préfère les livres). Le concept de courtepointe (quel beau mot qui donne envie de s’y blottir !), créé de tonnes de petits bouts de tissus qui traînent, me parle tout à fait.
Un jour, en 1996 ou en 1997, j’ai accompagné ma mère en Normandie (à l’époque on vivait dans les Yvelines), rendre visite à une de ses amies. Je ne me souviens plus de l’année exacte mais c’est sûr que c’était avant 1998, année où nous avons nous-même déménagé en Normandie.
Donc nous voilà chez Françoise* (*ce n’est absolument pas un nom d’emprunt) et avec ma mère, elles discutent patchwork. Moi j’ai 11 ou 12 ans et je n’ai absolument rien à faire. Il y a deux canapés installés en angle, elles sont assises sur l’un et feuillètent des livres (de patchwork) et moi je suis sur l’autre et je ne vois pas ce qu’elles regardent mais j’entends bien tout ce qu’elles disent (hé hé). Je ne me lève pas de ce fauteuil pour fureter dans la maison et y trouver une bande dessinée à lire, je ne demande pas à aller zyeuter le placard pour y trouver un jeu (Françoise a des enfants), non vraiment je ne bouge pas (sage comme une image, c’est comme ça que j’ai été élevée et croyez-moi, je ne reproduis pas ça avec mes propres enfants) mais j’écoute. Et il se trouve qu’elles discutent d’une technique (de patchwork), américaine dans mon souvenir, qui consiste à accrocher les morceaux de tissu sur des cartons pour ensuite réussir à les coudre entre eux plus facilement. Françoise semble s’y connaître à mort et donne des tas de détails que j’ai complètement oubliés mais qui ont permis à un feu de prendre en moi.
Dans la voiture du retour, je trépigne intérieurement et arrivée à la maison, j’embarque direct la boîte de Chocapic vide dans ma chambre et me lance illico presto dans le patchwork américain.
Je partageais à ce moment-là la chambre de ma sœur et on avait un placard ultra bien rangé (vous connaissez ma mère). Une caisse par activité. La caisse des Playmobils, celle des Legos, celle de la dînette, celle des Petits Malins (celles-là, c’étaient celles que j’aimais) mais aussi celle des déguisements (berk) et celle du bricolage (que ma sœur adorait alors que moi pas du tout : avoir un super projet en tête et se retrouver, après avoir galéré, avec entre les mains deux bouts de Canson collés à un morceau de laine avec de la colle plein les doigts et mille petits bouts de machin qui traînent par terre à ramasser, non merci).
Mais bon, dans la caisse de bricolage, il y avait, quand même, trois chutes de tissus à disposition alors cette fois-là, j’étais contente que la caisse de bricolage existe.
Et je me suis lancée, j’ai fait du patchwork, toute seule, dans ma chambre, assise sur une moquette verte soupe aux épinards, devant cette fenêtre, même, pour être très précise.

J’étais collégienne à ce moment-là, et je vous jure que ce n’était pas du tout sexy de faire du patchwork, au milieu des années 90, quand on était au collège. Mais, chose incroyable mais vraie, j’avais quand même des copines que ça intéressait. Des copines si fun quand j’y repense, qui faisaient du théâtre pour le bonheur des costumes, prenaient des cours de vielle (je vous jure !) et avaient des discussions infinies à propos des cabanes qu’elles avaient construites durant leur camp éclaireur des grandes vacances (elles étaient cousines et passaient le plus clair de leur temps ensemble). Elles étaient ultra cool et elles dégageaient une telle ambiance, mélange de sauvagerie (des animaux sauvages - elles avaient les cheveux emmêlés, adoraient les expériences comme se baigner à l’improviste en culotte dans la mer, danser sous la pluie, se baigner dans les rivières et grimper aux arbres, et n’étaient pas du tout timides), de 19ème siècle (elles étaient très très axées costumes d’époque et adoraient Les 4 filles du docteur March, surtout Jo) et à la fois elles étaient très très drôles et connaissaient des tonnes de trucs étonnants et passionnants. Elles ont eu une importance capitale dans ma vie, mes goûts et mes désirs.
L’une des deux m’a recontactée quand j’ai sorti mon premier livre, et m’a rappelé que je lui avais appris à faire du patchwork, chose dont je n’avais aucun souvenir. Pour me rafraichir la mémoire, elle m’a envoyé une photo de la trousse de toilette qu’elle s’était fabriquée avec, apparemment, mon aide, et comme la trousse était fabriquée à 70 % de mes tissus, j’étais bien obligée de la croire. Et ça a modifié l’image que j’avais de l’adolescente que j’ai été. Car croyez-moi, j’ai vécu une adolescence hardcore, personne ne m’aimait (à part ces deux amies), même pas moi-même. Et en fait, la réalité, c’était que je donnais des cours de patchwork (et en plus je partageais mes tissus, que j’achetais avec mon argent de poche (je me suis mise à acheter des coupons pour poursuivre mon ouvrage, la caisse de bricolage du placard de ma chambre ayant ses limites)), ce qui me laisse penser que j’étais quand même plus chouette que ce que j’avais toujours pensé.
Mais bon bref, je le sais, à ce moment-là vous aussi vous rêvez d’un cours qualitatif de patchwork et je vais vous le donner, ne vous inquiétez pas.
Car vous aussi vous avez envie de vous enrouler dans une couverture faite des tissus qui ont marqué votre vie, n’est-ce-pas ?
Petit préalable : nul besoin de savoir coudre pour faire du patchwork. Le défaut FAIT le beau patchwork. On peut bien sûr faire du patchwork à la machine à coudre (mais croyez-moi, Françoise et ma mère étaient résolument contre), vous obtiendrez alors un résultat potentiellement parfait, mais à mon sens moins charmant que si vous cousez mal à la main. On coud son patchwork à la machine quand on a besoin d’une nouvelle couverture pour la fin de la semaine (mais vous pouvez aussi aller acheter un plaid chez Ikéa) mais sinon, l’art du patchwork (ouais je parle comme ça, que voulez-vous, je suis l’élève de Françoise), c’est quand même la lenteur, la méditation et le bricolé.
La leçon !
Découpez des bouts de carton de la taille de votre choix dans une vieille boîte de Chocapic (ça marche aussi avec la boîte des plaques de lasagne – en revanche le ticket de train est un peu mou). Moi, j’avais choisi des carrés de 6,7 cm de côté (et à l’époque, je disais 6 virgule 5 virgule 2). Pas 7, non. 6, 7. Oui, on dirait que je suis une fille qui cherche la merde.
Posez un bout de carton sur un tissu qui traîne sur votre bureau depuis l’an dernier et découpez large autour. Puis, à l’aide du scotch merdique qui ne colle rien que vous avez choisi parce qu’il coutait moins cher que le 3M et qui se révèlera idéal pour le patchwork, scotchez votre tissu au carton. Répétez l’opération une deuxième fois avec un deuxième carton et un deuxième bout de tissu.
Mettez vos deux cartons tissu contre tissu et cousez très au bord. Ne piquez pas le carton avec votre aiguille ! Juste le tissu, très très au bord.

Réitérez l’opération. Et quand un morceau de tissu/carton est entièrement entouré d’autres morceaux de tissu/carton, vous pouvez lui retirer son carton et le réutiliser.
Je ne suis pas très assidue et malgré le fait que j’aie commencé ce patchwork il y a trente ans, il n’est pas très grand. Que voulez-vous, j’ai aussi passé le bac, fait un puzzle mille pièces, cuisiné des confitures et fait et défait des cartons de déménagement très régulièrement, je ne pouvais pas être partout.
De temps en temps ça me prend, je couds douze nouveaux carrés frénétiquement puis j’oublie cet ouvrage de longues années dans un coin avant d’être prise d’une nouvelle frénésie.
Mais du coup, je ne suis pas encore en mesure de vous enseigner l’étape suivante, à savoir mettre de la bourre et surpiquer. Donc s’il-vous-plaît, ne cousez pas trop vite, ou adressez-vous à une autre école pour la suite du parcours élève ou improvisez (ce serait très patchwork’attitude).
Bon, j’espère que ça vous a donné envie. Moi j’espère que je l’aurais fini avant ma mort, pour pouvoir y mourir justement. En revanche, dites bien à mes proches de ne pas le mettre dans mon cercueil avec moi, ce serait trop de gâchis !
Si vous aussi vous avez le feu qui s’est allumé et que vous avez justement fini votre boîte de Chocapic ce matin (attention au cadmium quand même), envoyez-moi des photos de vos réalisations, même débutantes ! Ça me ferait super plaisir ! Pour les questions, n’hésitez pas, je ne suis pas sûre de pouvoir y répondre mais sait-on jamais ?
Je vous quitte avec quelques histoires de tissus !
1 - Une de mes deux amies collégienne-patchworkeuse m’avait offert un cadeau emballé dans ce tissu : du furoshiki avant l’heure !
2 - Un vieux drap de mes parents, devenu chiffon puis ayant terminé sa vie dans la caisse de bricolage de ma chambre.
3 - Nappe achetée chez Toto à Rennes et ayant servi à tout ces vingt dernières années.
4 - Mouchoir que Jérôme m’a prêté quand on est sortis ensemble et que j’ai eu besoin d’un mouchoir <3
5 - Tissu utilisé par ma mère pour coudre un petit ensemble au bébé né dans l’immeuble figurant en photo plus haut dans cette lettre.
6 - Ma robe de première communion, boutonnée de haut en bas dans le dos et qui s’est intégralement ouverte dans la cour de récré un jour quand ma corde à sauter l’a frôlée - et que mes copines hilares ne m’ont pas aidée à refermer alors que j’étais en culotte dans la cour, bon sang ! Mais je ne suis pas sûre que j’aurais agi différemment à leur place. Heureusement une maîtresse m’a aidée non sans pester (mille boutons à refermer pendant sa pause).
7 - une nappe de mon enfance.
8 - un déguisement de clown acheté dans un vide-grenier dans l’idée de servir de pyjama pour Joachim, et que Joachim a tant aimé dormir dedans qu’il est tout à fait fichu, maintenant.
Je vous embrasse !
À la prochaine !
élisabeth








Oh non ! Je crois que tu m'as donné envie d'essayer !
J'ai retrouvé il y a quelques mois un vieux livre de patchwork chez ma grand-mère. À l'intérieur, il y a 4-5 octogones en tissu, avec leurs cartons. Mais ils ne sont pas encore vraiment cousus. Je pense que c'était à ma tante.
Ça me donne envie de continuer son travail inachevé maintenant que j'ai compris la technique !
Ah très chère, merci pour ce cours illustré, je comprends beaucoup mieux cette histoire de carton et de paquet-cadeau mal emballé à présent ! Tu m'as carrément motivée pour entamer un 18e projet (avant d'avoir fini les 17 premiers, bien évidemment, on est névrosée ou pas ici ? bon) avec les tissus de ma vie. (et donc potentiellement dégager enfin la moitié de mon stock de tissus en attente...)
PS : évidemment j'ADORE le mot "courtepointe" <3
V.